Titre purement mensonger, parce que de la grelucherie dans l'Aisne, y'en a pas.  En tout cas, pas que jegrelucheries sache.  C'est vrai que j'ai pas cherché beaucoup, mais bon, s'il y en a, c'est pas flagrant, là où je vis. 

Donc si vous comptiez aller faire une activité tendance comme bruncher le dimanche matin, c'est mort.  Le brunch n'a pas encore été inventé ici.  Et du coup, faut bien s'occuper, le dimanche matin.  Je te propose donc, cher lecteur (tu permets que je te tutoyes?  En même temps, vu que c'est pas exactement les Champs Elysées, ici, que ce soit en matière de luxe ou de population, je trouve que ça serait plus convivial) je te propose donc un cours de "Comment qu'on plume et qu'on vide un bétain dans l'Aisne".  A la réfléxion, je ne suis pas sûre qu'on dise un bétain quand il s'agit d'un truc à plumes (on a les trucs en plumes qu'on peut, hein).  D'après ce que j'ai compris, un bétain, ici, c'est un animal sauvage, genre cerf ou sanglier, mais ptet pas faisan ou perdrix.  Mais bref.  Passons. 

Si tu es du genre à dire "oh non, c'est pas gentil de tuer et plumer les petits animaux de la forêt, jamais je ne ferais un truc pareil, je préfère manger des côtes d'agneau qu'une personne anonyme a tué pour moi, comme ça, c'est pas mon problème", tu ferais peut-être mieux de passer ton chemin.  Si tu es du genre à ne pas manger d'animaux, tués ou non par tes bons soins, tu ferais aussi mieux de regarder ailleurs.  Ca va pas te plaire, ce qui suit. 
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Tu as donc obtenu, soit par tes propres moyens  (comme la charmante anonyme ici présentée, qui a l'air ravie de son coup), soit par un don gracieux d'un de tes voisins ou parents qui aime aller tirer des coups de fusil dans la nature, un animal à plumes.  Mort.  Et tu as aussi pas mal de temps devant toi, parce que si tu croyais pouvoir faire ça en 10 minutes, détrompe toi.  Seule Caroline Ingalls plume une volaille en dix minutes, et même que de l'autre main elle pétrit et cuit le pain pour ses trois enfants et met bas du quatrième.  En même temps, si j'avais quatre enfants, peut-être que je passerais la seconde aussi.



Première étape : Tu sors le chat de la maison.  Je t'en conjure, ne prends pas mes propos à la légère, il s'agit d'un conseil avisé d'une personne expérimentée en la matière.

Deuxième étape : Tu t'installes de préférence dehors, parce que les plumes, c'est bien connu que ça vole.  C'est pas pour rien que les oiseaux en ont.  Ou bien tu fais comme moi et tu décides que tu préfères saloper ta cuisine (ou ta chambre, si tu préfères faire ça là, c'est toi qui vois) plutôt qu'aller te meuler (ça aussi, j'ai appris dans l'Aisne, ravissante expression s'il en est) dehors par ce froid matin de Novembre.   Donc tu t'armes de patience, d'un sac plastique, et de ton bétain-qui-n'en-est-ptet-pas-un-en-fait. 

Deuxième étape bis : C'est une option, en fait.  Y'a des gens qui disent qu'il faut plonger la volaille dans une grande casserole pleine d'eau bouillante avant de la plumer.  Perso, je n'ai jamais essayé, ca fait de la vaisselle en plus, et mes deux mains gauches et moi on essaie de garder une bonne distance avec les grandes casseroles pleines d'eau bouillante.  Mais toi, tu vois. 

Troisième étape : Tu procèdes à l'épilation dudit bétain.  En fait, plumer une volaille, c'est très greluche, c'est une épilation, sauf qu'à la place des poils, tu as des plumes.  Cela dit, je ne recommande pas l'utilisation de ton épilateur ou de bande de cire froide.  Tu vas y laisser ton épilateur.  Garanti.  Et puis, les plumes, c'est plus solidement fixé que les poils, mais aussi beaucoup plus grand.  Donc meilleure prise en main, mais parfois, faut tirer comme une brute, parce que ça vient pas.  Surtout sur les ailes.  Et les endroits où l'animal s'est fait plomber, aussi.  J'en profite pour t'informer, si tu ne le sais pas encore, qu'un amateur de gibier te dira qu'une volaille sauvage doit être faisandée.  Faisander, ça veut dire pourrir, en langage décodé.  On laisse la bête suspendue par les pattes pendant quelques jours, une semaine, pour l'"attendrir".  Et franchement, autant je suis d'accord pour faire des trucs de oufs comme plumer et vider des volailles alors qu'il y a des blancs de poulet parfaitement bons et pratiques au Supermarket, mais y'a des limites, je vous dis.   J'ai du, dans mon atroce enfance malheureuse de fille de chasseur, plumer des faisans faisandés, et c'est ignoble.  Je te passe les détails parce que tu vas rendre ton quatre-heures.   Donc au préalable, tu auras donc décidé de plumer un animal fraîchement dégommé, et si tu veux vraiment faire ça, tu le fais cash.  Tu n'attends pas d'avoir fini la saison 2 de Heroes, parce que tu vas le regretter.  Donc tu épiles, et tu essaies tant bien que mal d'en mettre plus dans le sac plastique que par terre, dans tes narines, sur ton pull, sous le frigo, etc. 

Quatrième étape : Quand tu as fini d'épiler ton bétain (selon la taille, ça peut te prendre entre 30 minutes et 3 heures, sauf si tu es Caroline Ingalls, auquel cas je ne vois pas pourquoi tu viens demander conseil), il reste plein de petites plumes et de duvet sur l'animal.  Plusieurs options s'offrent à toi.  Tu peux allumer le gaz et passer l'animal dessus, et le tournant bien pour tout avoir.  Perso, mes deux mains gauches et moi, on aime pas trop, surtout que ça conchie encore plus la plaque qui est déjà pas super super.  Tu peux le faire au briquet aussi, mais c'est un peu long, et mes deux mains gauches et moi finissons toujours par coller un doigt ou un autre sur le métal brûlant.  Le mieux, c'est le chalumeau.  Quand on en a un, bien entendu.  Et le top du top, quand on a deux mains gauches et un chalumeau, c'est de demander à sa moitié qui a deux mains droites de venir l'allumer.  Après, tu passes ton bétain devant, tu lui crâmes les poils, et tu essaies de ne pas crâmer les tiens.  Mais même si tu te rates, ça ne prend pas longtemps.  C'est déjà ça.   

Cinquième étape : Là, on s'arrête deux minutes.  Si tu n'as pas encore mis le chat dehors, malgré mes précédentes conjurations, c'est le moment.  Ca sera trop tard après.  S'il n'a pas déjà passé les deux heures que tu viens de mettre à plumer l'animal à se rouler à tes pieds en hurlant, voire à se rouler dans le sac de plumes, histoire que ta cuisine ressemble encore plus à un champ de bataille après le passage d'Attila et de deux-trois Huns, tu as de la chance.  Ou un animal sans odorat.  Donc, tu mets le chat dehors.  Eventuellement, tu en profites pour faire la pause syndicale et t'en griller une, vu que ça fait déjà 2 heures que tu bosses comme Caroline Ingalls.  Ou pas. 
Et donc tu t'armes d'un couteau, et tu passes à la partie la plus.....particulière de l'opération.  Tu  plantes ton couteau (doucement, va pas te blesser, non plus) dans le fion de l'animal.  Voilà comment je m'attire encore quelques pervers Gouglisants.  Bref.  Tu découpes, sous le fion plutôt que dans le fion, une ouverture suffisamment large pour passer ta main (ouais, ça s'améliore chaque seconde, ici).  Une fois que c'est fait, devine quoi?  Tu mets la main.  Et là, tu essaies de saisir TOUT ce qu'il y a là-dedans d'un seul coup.  Essaies de ne pas trop te poser de questions.  Et tu tires.  Doucement, sans serrer, tu risques de ne pas aimer sinon.  Remarque, tu n'aimes peut-être déjà pas trop.  En même temps, tu es arrivé jusque là, tu vas pas baisser les bras maintenant.  Donc tu sors tout ça des tréfonds de l'animal.  S'il en reste, faut aller le chercher.  Normalement, tu dois désormais avoir face à toi un tas de boyaux, un estomac, un coeur, un foie.  Surement 2-3 autres trucs, mais sorti de Grey's Anatomy, je suis pas tout à fait au point.   Et si tu es inconscient, tu as aussi un chat hystéro qui essaie de négocier le tout au bras de fer. 
Si tu es vraiment un warrior, tu récupères le foie, le coeur et l'estomac.  Tu jettes tout le reste.

Sixième étape : Tu rinces ton bétain de l'intérieur, jusqu'à ce que l'eau soit claire.  Et tu t'occupes des abats, si tu les gardes.  Le foie, rien à faire, le rincer éventuellement.  Le coeur, retirer les grosses veines caca.  L'estomac, lui, est entouré de gras s'il fait froid, qu'il faut retirer (enfin, moi, je le retire).  Ensuite, tu prends ton couteau, et tu l'ouvres.  A l'intérieur, tu peux constater que le faisan mange des cailloux et de l'herbe, et pas grand-chose d'autre.  Tu vires tout ça.  Il ya une grosse peau épaisse, gris-jaune dans l'estomac.  A virer aussi.  Tu rinces le tout, et tu égouttes.   Si je garde les abats, c'est parce que je les passe au mixer avec un appareil à farce "normal", pour farcir le bétain. Mais tu peux aussi tout donner au chat, qui te vouera une gratitude éternelle. 

A ce moment-là, je remets les abats propres dans le fion de l'animal, et je mets le tout dans un sac congélation et au congel.  Pour les fins de mois difficiles, ou la guerre, ou un jour où y'a des amateurs de gibier qui débarquent.  Ou quand j'en ai envie. 
perdrix
Pour les recettes, tu iras sur Marmitaton, parce que là, je t'ai déjà donné une TRES longue leçon en Caroline Ingallserie, c'est déjà bien.


Nous, dans l'Aisne, on sait s'marrer.   Sinon, y'a ds gens, quand on leur donne des perdrix, ils en font de la déco.  Je préfère la tourte, perso, mais chacun son sale goût.  A toi de voir.







Info inutile du jour : En moyenne, un castor peut abattre 200 arbres par an. Vais ptet en adopter un pour la prochaine fois qu'on aura des sapins de NoYel à battre, tiens. 

Musique en cours : Norah Jones - Cold cold heart.